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PEUGEOT 205 T16 SERIE 200

NÉE POUR LA LÉGENDE

#ilétaituneauto

Que dire ? Par où commencer ? Voilà mon dilemme ! La 205 T16 c'est une histoire qui ne peut se raconter qu'entièrement, pleinement. Aussi asseyez-vous confortablement car cet article s'annonce long mais passionnant !

 

Si vous avez lu certains de mes écrits précédents, vous savez bien que j'aime d'abord resituer le contexte d'époque.

 

Pour comprendre la genèse de ce modèle il faut faire un bond dans le passé et atterrir dans les années 1970.

Entre la fin de l'année 1973 et le début de l'année 1974, le premier choc pétrolier, a fait quadrupler le prix du baril d'essence. La chute du dollar va également avoir un impact direct sur les taux de crédit jusqu'en Europe. Résultat ? Le pouvoir d'achat des français dégringole et les habitudes de consommation changent. 

 

Du côté de Peugeot les ventes se poursuivent, malgré tout, sans observer de baisse significative. Quelques années plus tard, en 1978, le constructeur sochalien prend une décision qui va précipiter la firme au lion au bord de la faillite : le rachat de Chrysler Europe. Pour 230 millions de dollars, cela permet à Peugeot de devenir le contruscteur N°1 en Europe et N°4 mondial. Comprenant les marques Simca et Talbot, mise en veille 1960, cet accord permet également à Peugeot de récupérer les usines de Poissy, Linwood (Grande-Bretagne) et Madrid. Les prévisions des dirigeants de l'entreprise sont alors optimistes et voient se profiler une hausse des ventes.

 

Malgré la crise latente, Peugeot ne prévoit donc pas de révision de son outil de production et emploie toujours énormément de main d'oeuvre pour construire ses véhicules. A titre de comparaison on parle de 8000 ouvriers pour construire 1200 voitures quand les marques japonaises en emploient deux fois moins pour le même résultat. En termes de prix de vente publics, les véhicules Peugeot ne sont donc plus aussi compétitifs. La 104, qui est sur la fin de carrière, ne séduit plus et la 305 a le tort de proposer de nouveau une voiture 3 volumes quand la tendance du marché est au hayon. Conséquence directe, les ventes s'effondrent alors que Peugeot vient d'investir lourdement, pour racheter Chrysler Europe.

 

En 3 ans, entre 1979 et 1982, Peugeot voit ses parts de marché chuter de 12,3% en France et 5,2% en Europe alors que les usines de production continuent de fabriquer à un rythme soutenu. Malgré une baisse ultérieure du niveau de production, le stock est déjà trop important et Peugeot accuse de très lourdes pertes financières. Le constructeur sochalien se voit contraint de supprimer près de 50 000 emplois et de moderniser ses usines pour abaisser les coûts de fabrication afin de relancer ses ventes.

 

Mais ce ne sera pas pour autant la solution miracle. Ce qui a sauvé Peugeot ? L'aboutissement du projet M24 lancé en 1978 : la 205. Petite, jolie, peu gourmande en essence et abordable, ce deuxième modèle de la série 05 va dépasser toutes les espérances. Alors que les prévisions tablent sur 1,6 millions d'exemplaires vendus, ce sont au final plus de 5 millions de modèles qui sortiront des chaînes entre 1983 et 1988. Véritable succès populaire, la 205 séduit surtout par les nombreuses versions proposées au catalogue.

par Kevin P.

Ce pari gagnant, Peugeot le doit à Jean Boillot, alors Président de la marque, qui valide le programme 205. Celui-ci prévoit de répondre aux attentes des particuliers grâce à ces différentes versions du modèle 205, mais il inclue également une participation en compétition. Le but est alors de redorer le blason de la marque au lion et de faire la promotion de la petite citadine fraîchement commercialisée.

Alors propriétaire de Talbot, la firme française décide de créer en Octobre 1981 le département Peugeot Talbot Sport (PTS) dans cette optique. Un certain Jean Todt est mis à la tête de cette entité, il le restera jusqu'en 1993. Se remémorant les excellents résultats obtenus par la Talbot Sunbeam Lotus en championnat du monde des rallyes avec un titre mondial en poche en 1981, Peugeot prend la décision risquée d'intégrer la catégorie reine des rallyes : le groupe B !

 

Comme vous le savez certainement, la condition sine qua non pour obtenir l'homologation FISA est la production, à 200 exemplaires, du modèle de série servant de base à la rallye car. PTS ayant travaillé une voiture complètement différente de celle vendue au public, y compris de la GTI, Peugeot doit donc décliner une énième version de sa citadine : la 205 T16 Série 200.

 

Il est alors décidé de confier la production des éléments composant la 205 T16 de série aux usines de Poissy. Seules les pièces de carrosserie sont faîtes spécifiquement dans les ateliers Heuliez. L'assemblage final, à la main s'il vous plaît, se déroule quant à lui dans les locaux de Boulogne.

 

La présentation officielle se fait le 23 Février 1983, ce premier exemplaire de la T16 revêt pour l'occasion les couleur de PTS. Si la 205 est une voiture abordable, la T16 Série 200 pas du tout. Celle-ci est proposée à la vente au prix de 290 000 francs, colossal pour l'époque !

 

Maintenant parlons de la 205 T16 Série 200 en détails.

 

 

EN PREMIER LIEU LE MOTEUR

 

Moteur XU8T, 1775 cm3, 4 cylindres, 16 soupapes, double arbre à cames en tête, greffé d'un turbocompresseur KKK avec échangeur air/air, le tout placé en position centrale arrière inclinée de 20° vers l'arrière. Presque entièrement fait en alliage d'aluminium, ce moteur est refroidi par un système de chemises humides et lubrifié par un carter semi-sec. On retrouve également une injection électronique Bosch K-Jetronic.

Alors que les modèles de course développent 350 ch, la 205 T16 de série se contente de 200 ch à 6750 tr/min. Cela reste tout de même largement suffisant pour emmener ses 1 145 kg à très vive allure puisqu'on atteint 214 km/h en vitesse de pointe pour un 0-100 km/h expédié en 6,8 secondes !

CÔTÉ TRANSMISSION ET CHÂSSIS

La Série 200 se manie via une boîte 5 manuelle et dispose de 4 roues motrices gérées par un autobloquant à répartition fixe (Av : 17% - Ar : 40%) et 2 différentiels à glissement limités (un avant et un arrière). On retrouve des combinés Bilstein aux quatre coins pour l'amortissement, tandis que le freinage est assuré par des étriers monopiston montés sur de gros disques ventilés de 273 mm de diamètre. La voiture est construite autour d'une monocoque en acier, matériau également utilisé pour les panneaux de carrosserie.

 

Cependant le caractère n'est pas au rendez-vous. Les montées en régime ne sont pas aussi franches qu'espérées et l'ensemble manque globalement de punch. Pour parer à cela, PTS propose aux clients les plus fortunés un kit d'amélioration permettant d'atteindre les 300 chevaux !

Ceci est possible via diverses modifications comme une pression de turbo augmentée à 0,85 bar, de nouveaux pistons, de nouvelles chemises, l'installation d'arbres à cames à levée supérieure ainsi qu'une augmentation des levées de soupapes d'admission et d'échappement.

 

Au niveau du châssis, le kit PTS prévoit l'installation de disques encore plus grands en 298 mm pincés par des étriers 4 pistons, d'amortisseurs doubles permettant de régler la hauteur de caisse et le débattement ainsi qu'un différentiel central à glissement limité, type Ferguson à  viscocoupleur, toujours aidé par ceux placés à l'avant et à l'arrière. Afin d'affiner un peu plus ses performances, la 205 T16 perd, avec ce kit, 110 kg pour atteindre un rapport poids puissance de 3,45 kg/ch contrairement aux 5,725 kg/ch de la version classique !

Vous l'avez compris, on touche aux internes et au châssis dans son ensemble donc cela coûte cher, très cher : 180 000 francs le kit installé !

Par contre pour ce tarif vous avez maintenant un modèle de série diabolique dont les performances se rapprochent énormément de la T16 Evolution 1 de rallye.

 

En revanche ce qui ne change pas, quelle que soit la version, ce sont les aspects visibles de la voiture : intérieur et extérieur.

L'HABITACLE

Le conducteur est appelé à prendre place dans un beau baquet bi-ton estampillé Peugeot, pas de jaloux le passager a le même. Pour les mains, un volant trois branches, le même que celui de la GTI, comportant l'inscription Turbo 16 comme pour bien rappeler au conducteur le petit bijou qu'il conduit. On retrouve d'ailleurs tout autour de ce dernier une flopée de manomètres dont le fameux indicateur de charge du turbo entre le compte-tours et le compteur de vitesse.

Enfin pour être sûr de ne pas rater vos talons-pointes, Peugeot vous a même installé un superbe pédalier percé en aluminium avec accélérateur au sol. L'ambiance générale est plus qu'agréable, on se sent vraiment au coeur de la voiture, enveloppé par celle-ci. Des conditions parfaites pour gravir quelques cols sans se faire balader de droite à gauche.

ENFIN L'EXTÉRIEUR

Et là que dire... Tout le monde ne sera pas forcément friand de cette opulence de sportivité, de cette agressivité digne du logo de la marque ou encore de cette largeur incommensurable mais personnellement je fais partie des adeptes. La prise d'air béante du capot avant est là pour vous rappeler que cette 205 T16 n'a vraiment rien à voir avec la citadine de Monsieur tout le monde. D'ailleurs, les seuls éléments communs avec les autres versions de 205 sont les phares avant/arrière, le pare-brise, les portes et... c'est tout ! Tout le reste est spécifique à la T16. Je parlais de l'avant mais que dire du capot moteur qui s'ouvre d'un seul tenant, coupant littéralement la voiture en deux, un bijou vous dis-je ! Dernier point de détail, la 205 T16 de série n'est livrée qu'en une seule teinte : le gris Winchester.

 

Malgré la possibilité d'en produire davantage, Peugeot se contente du strict minimum et produit 200 exemplaires destinés au public + 19 pour la compétition. En effet, le règlement permet à l'époque de fabriquer, en supplément, jusqu'à 10% du nombre total de véhicules de série produits pour l'usage de la course.

 

La marque au lion produit ces exemplaires entre 1984 et 1985, années durant lesquelles elle est également engagée en groupe B donnant leçon sur leçon aux meilleurs constructeurs mondiaux.

Car si la 205 T16 est une voiture aussi recherchée, outre pour son esthétique superbe et sa rareté, c'est surtout car elle a permis à Peugeot de donner naissance à une des plus belles épopées françaises en compétition automobile. 

LA COURSE

 

Sans entrer dans le détail, la 205 T16 en compétition c'est 16 victoires sur 26 manches de championnat du monde, entre 1984 et 1986, pour un 2 titres pilote (Salonen et Kankkunen) et 2 titres constructeur rien que ça !

Après l'arrêt définitif du groupe B, suite à une répétition de graves accidents, Peugeot exporte sa T16 sur le terrain du rallye-raid pour signer un autre doublé sur le Paris-Dakar en 1987 (Vatanen) et 1988 (Kankkunen), aidé par une concurrence assez faible.

 Vidéo filmée et montée, sans artifices, par la personne même qui rédige ces quelques lignes.

Pour finir sur la 205 T16 de course, il faut savoir qu'une grande majorité de ses organes et sa structure ont servi pour mettre au point la 405 T16 qui, pour le coup, va réussir là où la citadine a échoué : gagner la mythique course de côte de Pikes Peak en 1988 avec Ari Vatanen mais également en 1989 avec Robby Unser. Ah le film Climb Dance, quelle magie ! 

Voilà pourquoi la 205 T16 Série 200 est devenue par la même occasion une véritable pépite du patrimoine automobile français, au même titre que l'Alpine A110 ou les Renault 5 Turbo qui, tout comme la lionne, doivent leur gloire à leurs succès en spéciales.

 

Je finirai simplement par une petit annonce personnelle : si parmi vous chers lecteurs, se trouve une personne qui connaît de près ou de loin un moyen pour moi de faire face à cette lionne enragée, n'hésitez surtout pas à nous contacter. Vous réaliseriez le rêve de gosse du passionné dont vous lisez l'article en ce moment même.

Si ces quelques lignes ont éveillé chez vous une curiosité sans fin et que vous souhaitez approfondir l'histoire de ce modèle nous vous proposons ci-dessous une sélection d'ouvrages de référence :

FICHE TECHNIQUE

Année de production : 1984 - 1985

Sans Kit PTS - Avec Kit PTS

MOTEUR 

- Cylindrée : 1775 cm3
- Type : 4 cylindres en ligne, 16 soupapes

- Position : Transversale centrale arrière droite, inclinée de 20° vers l'arrière
- Alésage x course : 82 x 83 mm
- Compression : 6.5:1
- Alimentation : Injection Bosch K-Jetronic

- Suralimentation : Turbo KKK (0,75 bars)
- Puissance :  200 ch à 6 750 tr/min - 300 ch à 6 500 tr/min (PTS)
- Couple : 255 Nm à 4 000 tr/min

- Transmission : Intégrale
- Boîte de vitesse : Manuelle à 5 rapports



CHÂSSIS

- Direction : Crémaillère
- Suspensions Avant : Triangles superposés, combiné ressort/amortisseur - Doubles combinés et articualtions rigides
- Suspensions Arrière : Triangles superposés, combiné ressort/amortisseur - Doubles combinés et articulations rigides
- Freins avant : Disques ventilés 273 mm, étriers monopiston - Disques ventilés 298 mm, étriers 4 pistons
- Freins arrière : Disques ventilés 273 mm, étriers monopiston - Disques ventilés 298 mm, étriers 4 pistons
- Pneus : 210/55 R15



DIMENSIONS

- Longueur : 3830 mm
- Largeur : 1670 mm

- Hauteur :  1330 mm 
- Empattement : 2540 mm
- Voie avant : 1430 mm

- Voie arrière : 1430 mm

- Poids : 1145 kg - 1035 kg
- Réservoir : 110 litres



PERFORMANCES

- 0-100 km/h : 6,8 secondes
- 0-160 km/h : 20,9 secondes

- 400m D.A : 14,8 secondes
- Vitesse maximale : 214 km/h
- Rapport poids/puissance : 5,725 kg/ch - 3,45 kg/ch
- Rapport puissance/litre : 112,676 ch/L
- Consommation mixte : 11,6 L/100 km

CE N'EST PAS FINI !

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